Planification familiale : Une barque clinique mobile pour bouger les lignes

Croyances communautaires, normes sociales liées au genre, faible connaissance des méthodes contraceptives, insuffisance de centre de santé ou stigma lié à l’utilisation de la Planning familial…autant de freins qui empêchent les femmes de Sô-ava de bénéficier des conseils et d’avoir accès aux moyens de contraception voir à une prise en charge sanitaire complète. Et pourtant, l’opérationnalisation de la politique nationale d’assurance qualité a intégré la santé sexuelle et reproductive, notamment le planning familial et la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes, comme domaine prioritaires.

Au Bénin, seulement 9% de femmes utilisent les méthodes de planification familiale et les besoins non-satisfais en Planning familial avoisinent 33% malgré les efforts des pouvoirs publics et des acteurs de la société civile pour augmenter l’accès à l‘information et aux services de Planning Familial. En effet, 22% des adolescents sont sexuellement actif avant 15 ans et 17% ont leur premier enfant avant cet âge. Et selon des données hospitalières en 2012, les adolescentes et jeunes restent toujours sous informés et peu orientés sur leur sexualité. C’est le cas de la commune lacustre de Sô-Ava où en 2014, la prévalence d’utilisation de la planification familiale était de 0,84%. Ce qui laisse présager du faible pouvoir décisionnel des femmes en matière de contrôle des naissances.  Conséquences, des grossesses répétitives ou non désirées et des avortements avec un taux de mortalité maternelle très avancé. Mais aujourd’hui, la donne change.

Edwige est enceinte de 8 mois. C’est la première fois qu’elle se rend sur la barque clinique mobile, aménagée pour s’occuper des patientes. Muni d’un coupon (une sorte de tickets de référence), elle est rapidement introduite auprès d’un relai communautaire pour le suivi post-partum, recevoir des conseils et effectuer les consultations prénatales. « Je suis enceinte de mon 4ème enfant. Le dernier est âgé d’environ 2 ans. C’est la première fois que je me fais consulter sur l’état de ma grossesse. Et cette opportunité, je l’ai eu grâce à la séance de sensibilisation dont j’ai bénéficié de la part de ces agents qui sillonnent le village » explique –t-elle à sa descente de la barque clinque. Pour elle, sans l’avènement de cette clinique mobile, elle n’aurait pas su qu’on devait faire des consultations prénatales depuis le début de la grossesse jusqu’à son terme.

Une innovation apportée pour offrir les services intégrés de planification familiale, de santé de la reproduction des adolescentes et des jeunes à travers des villages lacustres. Son objectif étant de recruter autant d’utilisatrices additionnels de planning familial, de dépister les jeunes, femmes et hommes pour le Vih/Sida et de dépister et prendre en charge toutes les filles et femmes victimes de violences faites aux femmes. L’initiative est très appréciée des populations, sur qui l’impact est visible. Pour Gabriel, « avant l’arrivée de cette barque clinique mobile, je ne savais pas ce qu’on appelle le planning familial. Je me disputais le plus souvent avec ma femme pour avoir des relations intimes avec elle. Tant elle se plaignait tout le temps de tomber enceinte. La preuve, j’ai déjà 5 enfants avec elle. Aujourd’hui, c’est moi-même qui lui ai demandé d’aller contracter une méthode de contraception pour éviter d’avoir d’autres enfants ».

Lever les barrières socioculturelles, un enjeu de taille

Comment contribuer à la réduction des besoins non satisfaits en Planification familiale et augmenter l’acceptabilité des discussions concernant la taille des familles et l’utilisation des méthodes contraceptives ? Tel est tout l’enjeu de la mission de ces barques cliniques mobile. Pour y arriver de nombreuses actions sont organisées pour ébranler le dispositif socioculturel et les croyances communautaires.  Des séances d’animation grand public avec la barque de village en village couplées à une offre de services selon un chronogramme bien établi, avec à l’appui des méthodes simples de contraception sont offertes aux populations. Mieux des séances de sensibilisation et de dialogue sont organisées par les agents de barque au cours desquelles les questions relatives aux besoins non satisfaits en matière de Planning familial sont revisitées. « C’est une approche qui nécessite peu de moyens et qui permet d’intensifier et de concevoir des interventions communautaires basées sur le changement de comportement, le dialogue au sein du couple afin d’aboutir à l’espacement des naissances et à la réduction de la mortalité maternelle et infantile » a expliqué un agent qui a requis l’anonymat. Et pour y arriver les leaders religieux, dépositaires de la sacralité de la tradition sont aux premières loges pour toucher du doigt les conséquences du non espacement des grossesses.

About Ulvaeus BALOGOUN

Directeur de Publication / Journaliste Multi-média

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *