Rencontres des entrepreneurs de France : Ce que Patrice Talon a dit à l’université d’été du Medef

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Le chef de l’Etat, Patrice Talon était l’invité ce mardi des Rencontres des entrepreneurs tenue à l’université d’été du Medef.

Le chef de l’Etat, Patrice Talon était l’invité du Mouvement des entreprises de France (Medef) pour tenir une conférence lors des rencontres des entrepreneurs. A l’occasion de ces échanges, le chef de l’État est revenu sur les réformes opérées durant son mandat. Lire l’intégralité de ses propos.

Monsieur le président Patrice Talon, vous avez été un entrepreneur, mais un entrepreneur à succès. Vous connaissez donc par cœur les défis du secteur privé. En quoi cette expérience de grand patron que vous avez été joue un rôle dans la manière dont vous exercez aujourd’hui votre mandat à la tête de votre pays, le Bénin ?

Patrice Talon : Je voudrais d’abord exprimer tout le plaisir qui est le mien de me retrouver ici, au sein du gotha des entrepreneurs de France. Et pour répondre à votre question, je partage avec tous ceux qui sont ici les mêmes éléments d’Adn. Nul ici, en tout cas, ne peut porter le titre d’entrepreneur ou de patron s’il ne possède les trois ingrédients essentiels, nécessaires et suffisants : l’ambition, le sérieux, le labeur acharné. Ce sont ces choses qui caractérisent les entrepreneurs. Quand on les a, il n’y a pas de risque, on va au succès, dans tous les cas. Quand on ne les a pas, c’est éphémère. Et on ne peut jamais se développer durablement, s’enrichir, si l’un de ces trois éléments vous manque. Vous avez beau gagner au loto, si vous n’avez pas d’ambition, vous allez perdre tout ce que vous avez gagné. Si vous n’êtes pas sérieux, ça va s’en aller. Si vous n’êtes pas acharné au travail, pareil. C’est pour dire que ce qui me caractérise personnellement et qui constitue mon expérience personnelle, ce sont exclusivement ces trois choses : l’ambition, le sérieux et le labeur. Moi, je ne suis pas un génie et ce n’est pas nécessaire de l’être pour se développer dans la vie et avoir sa place, et même pour s’enrichir. Ce n’est pas nécessaire. Cela est valable autant pour les individus que pour les communautés humaines. C’est pareil donc pour un pays.
Si dans un pays vous avez de l’ambition collectivement, vous êtes sérieux et laborieux, vous allez vous développer. C’est cela qui nous a manqué, malheureusement, en ce qui concerne mon pays, pendant longtemps. Je ne dirai pas que cela a fait défaut à tous les Béninois pris individuellement. Parce que les hommes sont pareils partout, pris individuellement. Mais parfois ce sont les leaders des communautés qui n’ont pas ces ingrédients-là. Donc, il a suffi pour moi tout banalement de mettre en œuvre ce qui a fait mon parcours personnel et mon petit succès. Le constat de ce qui nous manque au Bénin, ce qui a manqué aux leaders, c’est l’ambition, le sérieux et l’acharnement au travail. Je l’ai partagé avec mes concitoyens et ça a été pratiquement la seule chose que je sais faire : mettre les gens au travail, faire les réformes pour que nous soyons plus sérieux, exprimer de l’ambition et être acharné au travail. Cela appelle bien sûr que là où nous n’avons pas les compétences, nous allons les chercher, quel que soit le prix. Et c’est cela le sens de mon action à la tête du Bénin depuis quelques années.

Est-ce le message que vous voulez passer aux entrepreneurs présents ici ?

Ah non ! je n’ai pas de leçon à donner à ceux qui sont là. Ils le savent déjà. Le message que je voulais passer est que le Bénin, depuis quelque temps, est devenu un pays qui a de l’ambition, notamment par ses responsables, et cela est partagé. Un pays sérieux et acharné au travail, c’est cela qui nous caractérise depuis et on voit déjà les résultats.

C’est donc cela le message que vous êtes venu porter pour dire aux entrepreneurs qui sont réunis ici, qui sont aussi des investisseurs que le Bénin est un pays auquel il faut penser quand on a envie de se développer en Afrique, « un pays dans lequel il fait bon d’investir »

out à fait ! Vous savez, l’Afrique est vue comme un continent à risque, de manière générale. Mais pire que ça, les pays africains sont vus comme des pays pas trop sérieux. Ce n’est pas toujours faux. Mais, il faut observer le parcours des pays africains, notamment le mien. Quand j’étais en visite officielle en Norvège, il y a quelques années, j’ai dit aux autorités norvégiennes que je ne suis pas là pour solliciter quoi que ce soit, mais pour demander de nous observer. Aujourd’hui, ce que j’ai envie de dire aux entrepreneurs qui m’entendent, c’est: le Bénin a changé. Ce n’est pas que le Bénin. Beaucoup de pays changent en Afrique. C’est vrai, il reste quelques insuffisances, quelques appréhensions qui concernent bon nombre d’entre nous. Mais cela s’observe qu’investir en Afrique, au-delà de la mauvaise appréciation du risque, aujourd’hui, peut paraitre plus aisé que ce que c’était il y a quelque temps, même plus aisé que dans beaucoup d’autres pays du monde.

Le moment est arrivé et mon message tout particulier est celui-ci : Le Bénin est en train de devenir une oasis en Afrique, où les problèmes d’éducation, de santé sont en train d’être réglés à une grande vitesse. Nous avons fini de régler les problèmes d’infrastructures portuaires. C’est en cours, mais c’est bien engagé. Les problèmes d’infrastructures aéroportuaires, routières, énergétiques. Venez investir au Bénin aujourd’hui. Vous avez de l’électricité de qualité, avec la possibilité d’une convention sur le prix. On peut vous vendre l’électricité moins cher qu’en Chine au Bénin aujourd’hui.

Est-ce que vous avez constaté que le travail que vous menez porte ses fruits et attire des investisseurs étrangers, notamment les investisseurs français ?

Ils sont encore faibles, il faut l’avouer. Aujourd’hui, l’État béninois reste l’investisseur essentiel parce que nous avons connu du retard à rattraper en matière d’infrastructures, de l’eau, d’énergie, du numérique et de la communication. Nous avons avancé à un rythme effréné et le niveau auquel nous sommes aujourd’hui est très satisfaisant. C’est le moment d’intéresser les investisseurs étrangers à ce qui se passe au Bénin. Les entreprises béninoises, les investisseurs béninois ont fait beaucoup d’efforts et nous avons pratiquement doublé notre Produit intérieur brut (Pib) en peu de temps. C’est maintenant que nous commençons à observer que des intérêts se manifestent. Nous avons mis en place une Zone économique spéciale dans laquelle, malheureusement, il n’y a pas encore beaucoup de Français, mais beaucoup d’Asiatiques. Nous attendons qu’une fois encore, l’Asie ne double pas la France sur ce terrain parce que j’ai un attachement particulier pour la France. Je ne parle que français. Je ne parle pas anglais, je ne parle pas chinois, ni d’autres langues. C’est mon insuffisance, mais je me sens bien quand je suis avec des Français. En plus, j’ai un patronyme qui ressemble aux vôtres. Je m’appelle Talon. J’ai un attachement particulier, un peu émotionnel avec la France et j’attends que les entrepreneurs français viennent constater par eux-mêmes ce qui se passe et prennent le risque de venir faire quelque chose, aussi petit soit-il, pour commencer.

On comprend votre attachement à la France, on le salue et on l’apprécie. Mais est-ce que vous dites aux investisseurs qui sont intéressés d’investir au Bénin, dépêchez-vous parce qu’il y a d’autres qui n’attendent pas ?

Je l’ai dit au président Macron qui était à Cotonou il y a un mois environ. C’est maintenant qu’il faut venir et nous avons des raisons de le proclamer parce que nous avons fait les réformes qu’il faut pour mettre le pays au travail sérieusement. La justice fonctionne bien, beaucoup mieux que par le passé. Je dirai même très bien, la police, la sécurité aussi. Ce que nous avons fait aussi de remarquable est que nous avons beaucoup assoupli les règles de la législation du travail. Je dirai même que nous avons dérégulé totalement l’environnement du travail. Au Bénin, vous pouvez employer quelqu’un avec des contrats à durée déterminée (Cdd) indéfiniment. On ne vous fera pas de griefs du tout d’employer quelqu’un deux, trois, quatre fois avec des contrats à durée déterminée. Nous disons que l’entreprise a besoin de travailleur sérieux attaché à l’entreprise. Et on s’attache à celui qui donne satisfaction.

Je viens du secteur de l’entreprise. Je sais combien on peut faire des efforts pour augmenter, doubler les revenus d’un salarié quand il est bon. Ce n’est pas la loi qui fait la relation entre l’entrepreneur et son employé. C’est une erreur que commettent les États en général en essayant d’organiser, de réguler et de structurer les relations entre l’entreprise et les employés croyant que c’est une façon de rendre plus durable l’emploi. Ce n’est pas vrai ! Ça n’a pas été facile, parce qu’il fallait convaincre les partenaires sociaux et les parlementaires. Cela a été fait et nous avons une législation au Bénin qui ne soit pareille nulle part en matière de souplesse dans la règlementation du travail.

On comprend votre vision de l’action publique. Elle doit se traduire par des réalisations concrètes et rapides. Est-ce que c’est pareil pour l’implication du secteur privé ?

Nous avons entrepris des réformes difficiles. Quand vous vous attaquez aux acquis des travailleurs en matière de droit de grève, c’est quelque chose que j’évoque avec peine, mais parfois avec fierté aussi. Nous avons réduit au Bénin le droit de grève. Je vous raconte en quelques minutes ce qui s’est passé, parce qu’on nous fait souvent ce grief un peu partout dans le monde, que le régime actuel s’est attaqué aux acquis démocratiques. Quand je suis arrivé en 2016, nous avons eu une séance avec les partenaires sociaux au sujet des revendications des salariés du public. Et ils avaient des exigences démesurées. Je leur ai dit : regardez dans l’assiette, on n’a pas les moyens de satisfaire vos exigences. Le Bénin est un petit pays. Nous collectons peu d’impôts. La contribution nationale fiscale est trop faible. Mais ils disent : on n’en a rien à faire, monsieur le président, si vous ne faites pas, le pays sera paralysé. Je leur ai dit que je ne le pense pas. À la fin de la séance, un des syndicalistes m’a dit que je vais finir par céder. J’ai répondu que je veux bien. Puisque dès que les moyens seront là, nous allons céder. Il me dit : non, quand il commencera par avoir des morts dans les hôpitaux et les maternités, monsieur le président, vous allez céder. Je regarde et je dis: la séance est levée.

C’était un lundi. Le mercredi en Conseil des ministres, j’ai dit aux membres du gouvernement : je vais arrêter de tout faire. Les routes, les hôpitaux, on va mettre tout ça de côté. On va s’attaquer au problème syndical, au problème des grèves. Nous allons légiférer pour réorganiser le droit de grève parce qu’un pays qui n’a pas de ressources et dans lequel les quelques-uns, minorités utiles veulent s’accaparer de tout ce qu’il y a au détriment des investissements en matière de santé, d’écoles, de routes et d’énergie, ce n’est pas admissible. Effectivement, j’ai rencontré les parlementaires, je les ai convaincus, et nous avons légiféré.

Désormais au Bénin, la grève est interdite dans les secteurs vitaux comme la santé, la police, les pompiers, et tout ce qui concourt à la survie des citoyens. Dans les autres secteurs, la grève est limitée à deux jours maximum par mois et 10 jours par an. C’est vrai, c’est un recul par rapport aux acquis démocratiques. Mais vous savez, je n’ai pas l’ambition d’avoir une expression démocratique identique à la France. Dans un pays comme la France, l’Italie, les États-Unis et autres pays construits, organisés et structurés où la plupart des fondamentaux sont acquis, l’expression démocratique peut flirter avec l’anarchie. Ça ne compromet pas la survie du pays. J’ai vu ici les gilets jaunes. J’ai vu ici combien ils ont été très agressifs et forts dans leurs revendications. Cela caractérise la France désormais. Nous sommes dans un pays où si vous le permettez, les gens votent pour élire un président et des parlementaires pour légiférer. Mais au même moment, chacun conteste à l’élu, le droit d’agir tout seul, tant que la loi qui est mise en œuvre n’est pas conforme à son aspiration personnelle, il dit niet, il conteste et il empêche. C’est de l’anarchie. Je ne vais pas donner de leçon aux Français. Je fais exprès de provoquer sur des sujets aussi sensibles juste pour que vous puissiez comprendre la problématique qui est la nôtre. Quand un pays est construit, on peut ne pas avoir un gouvernement pendant six mois comme ce fut le cas en Belgique, ce n’est pas un problème. On peut contester tout ce qui se fait, le pays n’est pas véritablement paralysé.

Voulez-vous dire que l’anarchie et les contestations sont des luxes ?

Ce ne sont pas des luxes, mais ce n’est pas préjudiciable à la survie d’un pays qui a déjà les fondamentaux. Mais quand un pays est à construire, notamment un pays dans lequel tout est à reprendre, vous avez besoin d’avoir une réglementation forte, vous avez besoin que les gens respectent la loi et que l’expression démocratique ne soit pas pareille que dans les pays développés. C’est pour cela que le droit de grève tel que nous l’avons reformé au Bénin, on ne peut pas le faire en France parce que ce ne sera pas acceptable. Mais au Bénin, c’était devenu important, vital et primordial, sinon ce pays restera éternellement dans la pauvreté. Nous avons besoin de faire des efforts que vos ancêtres ont faits il y a quelques siècles.

La France a été construite par les efforts soutenus de vos ancêtres, ce qui fait qu’aujourd’hui, vous avez quelque chose à partager et qui fait que vous avez besoin d’un système plus équilibré pour avoir un partage équilibré des choses. Mais dans nos pays, on n’a encore rien fait du tout. C’est maintenant que les Africains ont besoin de construire leurs pays pour des générations à venir. Ce qui permettra aux autres demain d’être plus exigeants parce que les efforts ont été faits maintenant. Il faut le temps d’efforts. C’est pour cela que je voudrais dire à tout le monde que le Bénin est dans cette phase. Ce que je dis est largement partagé par les Béninois. Je peux avec beaucoup de plaisir vous dire que c’est un autre pays le Bénin, et que ce pays a déjà les faveurs des investisseurs qui viennent voir de près ce qui se passe. Ils n’hésitent pas à faire l’investissement, à commencer à faire quelque chose au Bénin ?

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1 COMMENTAIRE

  1. C’est très instructif et d’une importance capitale ces trois éléments nécessaires qui constituent la clé du développement dans les secteurs privés et publics du Bénin.

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