Nouvelle taxe dans le secteur hôtelier : Le plaidoyer d’Eugène ATONDE, Président du Conseil National de l’Industrie Hôtelière du Bénin

Eugène ATONDE? Président du Conseil National de l’Industrie Hôtelière du Bénin (CONHIB)

Les acteurs de l’industrie hôtelière du Bénin s’insurgent contre la récente mesure de taxation du temps de repos à l’hôtel, contenue dans le projet de loi des finances, exercice 2019. Prenant donc ses responsabilités face aux enjeux de cette mesure, le président du Conseil National de l’Industrie Hôtelière du Bénin (CONHIB), Eugène ATONDE s’est prononcé en dénonçant le sabotage des actions salvatrices que mènent le chef de l’Etat par certains de ses proches qui gagneraient à le rendre impopulaire en lui faisant de telles propositions.

Tant la mesure ne correspondait à aucune norme internationale, à en croire ce dernier. Ce qui risque non seulement de plomber le secteur mais également d’hypothéquer les investissements massifs jamais envisagés que projette actuellement le président Patrice Talon. Une seule chose s’impose, c’est simplement que cette décision soit rapportée. Mais pour mieux en savoir sur les réelles contreperformances de ladite proposition sur l’ensemble du secteur, nous nous sommes rapprochés hier mercredi 7 novembre 2018 du président du CONHIB qui apporte d’importants éclairages aux dans une interview accordée aux journaux »COURRIER EXPRESS » et »BENIN BAROMETRE. Lire ci-dessous son avis sur la question.

Votre secteur est pointé du doigt par rapport à la taxe sur le temps de repos à l’hôtel contenue dans le projet de budget de loi des finances exercice 2019. Qu’en pensez-vous?

Nous avons une multitude d’affaires dans cette loi des finances qui inquiètent parce qu’il y a d’autres qui sont déjà instituées et qui se payent par les hôteliers, seulement, il y a un manque de communication et l’aspect des choses qui dit que tous ceux qui séjournent, que ce soit un couple, ce sont les deux qui vont payer chacun 1000 francs Cfa. Ça c’est une communication, sinon la taxe existait et même la taxe qui existait a été révisée en 2013. Nous payions 500 francs Cfa, après, c’est devenu 1000 francs Cfa puis tout le monde crie. La seule chose qu’on a mise dedans, c’est que nous nous avons demandé que dans tous les pays du monde entier, c’est fractionné suivant le standing de l’hôtel. Comment on peut dire qu’un hôtel qui coûte 3 à 5.000 francs Cfa la nuitée, paiera 1000 francs Cfa avec un hôtel qui coûte 100.000 francs. C’est une aberration. Ce qui est dommageable dans cette affaire, c’est que dans aucun pays du monde, on n’a jamais entendu parler du paiement d’une taxe en heure. Je défie quiconque voudra débattre de ce problème avec moi. Comment on peut dire que quelqu’un qui est allé se reposer juste dans un hôtel parce qu’il est en panne de voiture, paie 500 francs Cfa sur l’heure, ça veut dire que s’il y reste 5 heures de temps, il paiera 2500 francs Cfa alors que quelqu’un d’autre qui a pris une chambre de 100.000 francs Cfa, paie 1000 francs Cfa pour 24 heures. Je ne sais pas de quoi nous tournons, mais je vais vous dire la vérité. De toutes les façons, c’est une loi des finances, ils vont voir là-dedans. Ce que moi je m’en vais dire et qui est très intéressant est que nous autres, voyons très bien ce que le président Talon est entrain de faire pour rehausser le secteur du tourisme. Comment quelqu’un qui est entrain de s’engager pour une première fois investir plus de 600 milliards de francs Cfa dans un secteur pour la visibilité dudit secteur, on veut tout mettre en politique pour le rendre impopulaire en envoyant des trucs qui n’existent pas.

Monsieur le président, voulez-vous dire que vous n’avez pas été associé à la prise de cette mesure?

Ce qui est bizarre, nous en tant que la plus grande association en matière d’hôtellerie où nous avons dans les douze départements, des bureaux départementaux et nous sommes bien organisés, on ne nous associe à rien, pourtant, nous sommes les professionnels, les techniciens en la matière. Nous sommes déjà allés dans tous les pays du monde pour voir ce qui se passe là-bas. Je vous dis pour la petite hôtellerie, en France, les gens paient moins de 300 francs Cfa comme taxe sur les nuitées. *Nulle part au monde il n’est écrit qu’on va payer une taxe sur l’heure.* Dans tous les pays du monde, le repos se négocie. Quelqu’un qui veut se reposer, il vient, « dit je veux faire une démie journée et il négocie c’est tout. Les gens ont juste jeté les pavés dans la marre. C’est un faux marché, *les gens veulent rendre impopulaire le président de la République.* Mais, nous on ne va jamais leur accepter cela. Le président est un connaisseur en la matière, mais parce qu’il ne peut pas être partout, les gens disent ce qu’ils veulent pour pouvoir discréditer ce qu’il fait pour relever le secteur.

Comment se fait la réception des clients?

C’est une déclaration. Si un client vient, nous avons des documents qui montrent qu’un client est venu. Vous allez à la police déclarer le client dans le régistre de police. Tout le monde paie les taxes, même la petite hôtellerie. Peut-être c’est pas la même chose lorqu’on va parler de taxe sur les nuitées. Mais si tu ne veux pas de nuitée, tu ne donne rien normalement, mais c’est nous qui avons étudié en notre temps pour qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale et que la direction qui s’occupe des taxes sur les nuitées étudie par rapport au standing des hôtels et leur fasse payer un forfait. Il y en a qui paient 5000 francs Cfa, d’autres 6000, voire 18.000 ou 20.000 francs Cfa en matière de forfait. Ceci parce que les gens ne vont pas faire de si importants investissements sans pouvoir rentabiliser un peu pour amortir les factures les factures d’électricité, la charge du personnel personnel, les taxes sont à la charge salariale, les taxes, les impôts, le personnel etc. Il ne faut pas que les gens fassent de l’à peu près. En matière de tourisme dans le pays, rien ne marche et on a trouvé un prophète et les gens veulent tout faire pour le rendre impopulaire mais nous, on ne les laissera pas faire.

Il s’agit quand même d’une taxe.

Ne parlez même pas de taxe, c’est une aberration. Affaire de couple, avant quand vous venez avec votre mari dans une chambre, vous deux êtes engéristrés à telle enseigne que sur présentation, on sait qu’au temps T, à l’heure X, les deux sont restés dans une chambre, et c’est sur la chambre qu’on paie la taxe sur les nuitées et non sur des individus. Ça se fait ainsi dans d’autres pays, mêmes ceux qu’on copie comme des modèles notamment la France. C’est seulement les mineurs qui en sont exonérés. Mais la communication n’étant pas passée, pour que les hôteliers comprennent que c’est de cette façon que cela doit se passer, *on n’a pas besoin d’une loi pour faire une communication comme ça.* Il suffit de dire au directeur qui s’occupe du tourisme d’appeler les acteurs pour le leur expliquer. S’il nous était donné de faire une telle communication, nous, on sait comment parler à nos hôteliers et se faire comprendre. Nous sommes tous dans des foras et nous échangeons entre nous. On n’a pas besoin d’une loi. Ce n’est pas une loi qui va régler ça. Les taxes sur les nuitées en 2018 en France, en Allemagne, Catalan, Espagne, Barcelone et autres sont connues.

Cette mesure aura t-elle un impact sur votre chiffre d’affaire?

Ça aura un impact sur notre chiffre d’affaire parce qu’on ne faisait déjà pas un bon chiffre d’affaire et l’Etat aussi va le ressentir. Cela va également rejaillir sur le tourisme en général. Notre pays va être considéré comme une destination chère. Ces touristes vont simplement délaisser notre pays pour d’autres plus proches comme le Maroc, la Tunisie etc. Quand un touriste vient dans un pays, la première des choses à faire, c’est où dormir et se reposer. Et si cela doit lui coûter les yeux de la tête, je pense qu’il est normal qu’il aille voir ailleurs.

Que comptez-vous faire?

Dans aucun pays au monde dans une activité commerciale, on ne peut refuser de payer la taxe. Nous sommes prenneurs et tout le monde le sait. Le chef de l’Etat, nous autres le connaissons bien et on sait que c’est quelqu’un qui est à l’écoute de son peuple. Ceux qui lui ont fait cette proposition n’ont qu’à aller partout dans le monde pour vérifier si ce que nous disons est faux ou vrai. Pour un hôtel 1 étoile en France, on paie moins de 600 francs Cfa. Nous, on paie 1000 francs et on veut en abuser. Ceux qui l’ont fait, moi je ne sais à quelle fin ils la destinent. Mais, je sais que le président de la République est à l’écoute, il ne va jamais accepter un truc comme ça.
Il va bien se renseigner d’abord avant d’agir. De toutes les façons, il y a des contournements pour gérer tout ça. Autrement, ce serait dur comme la mer à boire.
Mais je ne pense pas que cela puisse passer en l’état. Le chef de l’Etat a toujours pris de bonnes mesures pour le pays. Regardez par exemple la TPS qui facilite l’émergence des Pme et Pmi dans le pays. Il vient de créer beaucoup de structures pour faciliter le climat des affaires. Il a lancé avec la Bcao, le projet de financement du tourisme. Chose inexistante avant dans le pays. Avec les énormes investissements en cours, comment peut-on prendre de telles mesures. Moi je trouve que c’est une mesure pour saboter la popularité du président Talon.

Que proposez-vous au gouvernement et au parlement?

Nous ne refusons aucunement de payer des impôts sur des activités commerciales. Mais dans le cas d’espèce, nous disons aux autorités compétentes à divers niveaux de tenir compte des réalités du pays. Pour une cohérence et logique dans la prise d’une telle mesure, nous pensons qu’il serait plus rationnel d’adopter la formule de pourcentage.

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A propos Ulvaeus BALOGOUN

Directeur de Publication / Journaliste Multi-média

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