Luc Gnacadja : « Il faut avoir le courage de ré-inventer la COP »

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L’ancien ministre de l’environnement et du développement durable, Président de GPS-Dev (Governance & Policies for Sustainable Development), Luc Gnacadja appelle à changer de paradigme et à réinventer la COP sur le climat.

Dans une tribune publiée sur LinkedIn, Luc Gnacadja, au regard des conclusions de la COP 27 pense qu’il est temps de réinventer cette conférence si l’on tient à atteindre les objectifs fixés.

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Que retenir de significatif de la COP27 ?

Au fil de ses éditions annuelles, la COP (ou conférence des Parties à la convention-cadre des nations unies sur le climat) est devenue la méga foire mondiale sur le climat. Faut-il le regretter ? Son édition de 2022 a fermé ses portes ce 20 novembre 2022 à Charm El Cheikh, presque 2 jours plus tard que prévu, par le dernier coup de maillet de son président marquant l’adoption des résultats des
négociations.

Que peut-on retenir d’encourageant de la COP27 face à l’ampleur et à l’urgence de plus en plus manifeste de la menace systémique pour l’humanité qu’est le réchauffement climatique ?

Beaucoup s’accordent à souligner la décision inédite de créer un fonds dédié au financement des pertes et dommages causés par des chocs climatiques aux pays en développement les plus vulnérables.

Mais certains parlent déjà du risque d’un nouveau marché de dupes vu que, ici plus qu’ailleurs, les promesses n’engagent que ceux qui y croient et que le processus ne dispose pas d’un cadre efficace de responsabilisation et d’obligation de résultats, si ce n’est que pour ceux qui n’ont pas d’autres choix que de continuer à faire face aux chocs climatiques avec leurs maigres ressources, à s’adapter
ou à périr !

Quand je pense que

• Quand je pense que l’objectif de stabiliser le réchauffement climatique à 1,5°C a été un
temps omis du projet de texte final par réalisme disent certains, plutôt par le cynisme de ceux qui se croient à l’abri des conséquences d’un tel renoncement, avant d’y être réintroduit grâce à l’indignation de quelques-uns ;

• Quand je pense que l’augmentation de la température en Afrique devrait être supérieure à la moyenne mondiale, entraînant davantage de chocs, de risques et de dommages pour la
région qui émet le moins de gaz à effet de serre (GES), moins d’un sixième de la moyenne mondiale per capita des émissions de GES, et moins d’un 21ième de la moyenne per capita des Etats-Unis ;

• Quand je pense qu’il n’y a pas eu d’avancée majeure pour combler effectivement le déficit
de financement de l’adaptation aux chocs climatiques, eu égard à l’engagement pris l’année dernière lors de la COP26 à Glasgow de doubler le financement de l’adaptation d’ici 2025 ;

Je ne puis m’empêcher d’avoir une impression d’un rendez-vous manqué, d’un grand gâchis.

C’est vrai que le processus de négociation multilatéral, qui consiste à essayer de trouver un accord entre près de 200 pays dont les intérêts et les points de vue sont parfois divergents voire polarisés, est traditionnellement lent.

C’est aussi vrai aussi qu’il pourrait servir à capitaliser, potentialiser, amplifier et inscrire les solutions disponibles dans un cadre de mise en œuvre et de responsabilisation qui engage les acteurs à tous les niveaux en particulier les acteurs non-étatiques et les communautés locales pour une action climatique efficace.

C’est pourquoi, quand je pense à …

• Tout ce qui s’est passé en marge des négociations, en particulier à l’offre foisonnante de solutions et à la bonne volonté de plus de 45 000 participants réunis à Sharm el Shiekh, la plupart pour partager leurs solutions au défi climatique,

• L’engagement et à la contribution des jeunes comme Marie-Claire Graf et ses amis dans le
processus des négociations avec l’enthousiasme et la détermination qui les caractérisent,

Je pense qu’il faut que la « Communauté internationale » ait le courage de ré-inventer la COP.
Et il va falloir faire vite!

Pour paraphraser le célèbre aphorisme de Winston Churchill au sujet de la démocratie, je pense que le multilatéralisme est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres à la disposition de l’humanité pour relever le défi du réchauffement climatique.

La politique des petits pas, des petites avancées incrémentielles dans les négociations d’une COP à l’autre pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris ne peut pas vraiment accoucher du changement de paradigme et de la solution systémique et transformatrice dont a besoin le système qui a créé le problème.

La prochaine grande foire mondiale sur le climat ou COP28 est prévue à Dubai du 30 Novembre au 12 Décembre 2023. Espérons qu’entre-temps le processus aura été ré-inventé.

Luc Gnacadja, Président de GPS-Dev (Governance & Policies for Sustainable Development)

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