Le MASA : Un exemple de réussite dans l’histoire de la coopération culturelle internationale selon Alioune Badara GUEYE

Le marché des arts du spectacle d’Abidjan est la nouvelle dénomination du MASA vu par un Doctorant à l’Institut méditerranéen des sciences de l’information et de la communication) des universités Toulon et Aix-Marseille. Dans une tribune ouverte, Alioune Badara GUEYE qualifié le MASA d’un exemple de réussite dans l’histoire de la coopération culturelle internationale. Lisez plutôt:

Alioune Badara GUEYE

Coly.abg@gmail.com

(+33) 662 15 84 28

Doctorant à l’IMSIC (Institut méditerranéen des sciences de l’information et de la communication) des universités Toulon et Aix-Marseille

 

 Le MASA : un exemple de réussite dans l’histoire de la coopération culturelle internationale

Le marché des arts du spectacle d’Abidjan est la nouvelle dénomination du MASA (Marché des arts du spectacle africain). C’est une plateforme culturelle qui soutient la créativité, facilite la circulation des artistes de l’Afrique et la promotion de leur travail à l’international. Il a été créé en 1990 sur l’initiative des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie.  Dès ses origines, le MASA se fixe pour objectif de renforcer les capacités des professionnels africains du spectacle vivant et de permettre l’accès des artistes et des productions artistiques de l’Afrique aux circuits de diffusion internationaux.

Cet objectif  sera confirmé par Yacouba Konaté, directeur général du MASA, lors de la cérémonie de clôture de la dernière édition du marché des arts du spectacle d’Abidjan.  Dans son allocution, le Professeur Konaté a indiqué que « Ce MASA se voulait modeste mais finalement ce sont 1789 personnes inscrites sur les registres d’hébergement dont 1182 artistes, 270 professionnels, 180 journalistes, 150 membres de délégation officiellement constituées ». Des chiffres qui selon lui « ne prennent pas en compte des participants locaux dont 300 artistes, 259 journalistes ainsi que 140 techniciens ». Le Professeur Konaté a ajouté que ces chiffres témoignent du succès du MASA, qui met sur orbite certains artistes et leurs permet de se faire voir et entendre, bref de « dire le monde à partir de l’Afrique ». Dans une perspective voisine, d’autres experts considèrent le MASA comme un espace de célébration des arts vivants de l’Afrique.

Si le MASA est donc vu par certains thuriféraires comme un marché international aux allures d’une plateforme de diffusion des arts vivants, sa mise en place au début des années 1990 a été particulièrement compliquée.

Le colloque qui a été organisé par la direction générale du MASA à l’occasion de ses 25 ans a permis de revenir sur la genèse de cet évènement, célébrant ainsi sa dixième édition. Sous le thème : Aux origines du MASA, ce colloque a vu des experts internationaux (dont certains fonctionnaires de l’Organisation intergouvernementale qui étaient aux manettes au moment de la création) expliquer que l’idée de la création d’un marché africain des arts de la scène est partie de la deuxième Conférence des ministres de la culture de l’espace francophone (Liège, Belgique) en 1990. Aminata Salambéré, ancienne ministre de la culture du Burkina Faso a laissé entendre que les ministres francophones qui s’étaient réunis à cette occasion avaient pris la décision de créer un marché des arts de la scène pour renforcer les capacités des professionnels africains des arts du spectacle (théâtre, musique, danse).

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Cette décision, qui n’a pas fait l’unanimité, a essuyé de vives critiques de la part de ses détracteurs. Au regard de leurs positions hésitantes, la volonté affichée des ministres de créer, à l’issue de cette conférence, un marché de l’art vivant en Afrique francophone était certainement un préalable sans lequel, le MASA n’aurait pas vu le jour. En effet, outre les réticences et réserves observées par certains États et diplomates en estimant que l’Afrique n’était pas prête à accueillir un tel marché, l’idée de la création de cette plateforme a été critiquée par beaucoup d’experts occidentaux des arts vivants. Malgré cela, la décision a été portée par Jean Louis Roy, Secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF- future Organisation internationale de la Francophonie) de 1990 à 1998. Revenant sur la situation qui prévalait lors de la création du MASA, Monsieur Roy dira qu’il est de ceux-là qui ont soutenu l’idée de l’organisation d’un grand marché de promotion et de diffusion des arts du spectacle africain contre vents et marée. Des propos qui renseignent suffisamment sur la détermination, à l’époque, de l’Organisation internationale de la Francophonie de soutenir la mise en place d’un marché des arts du spectacle en Afrique francophone. Cette détermination tient, d’une part aux liens historiques entre la Francophonie et l’Afrique et d’autre part, au fait que les conclusions des travaux préparatoires de la Deuxième Conférence ministérielle de la Francophonie sur la culture avaient révélé une crise des arts du spectacle en Afrique.

Dans le rapport qui a été transmis à l’Organisation par les experts en charge du dossier figuraient entre autres :

–        le coût élevé des déplacements des artistes et de leurs productions ;

–        une méconnaissance des réseaux de diffusion du Nord et du Sud ;

–        des échanges d’informations insuffisants entre professionnels du Nord et du Sud ;

–        l’impossibilité d’accéder à des équipements sophistiqués et le problème de maintenance de ces équipements.

Des constats qui montraient, en quelque sorte, l’échec des pouvoirs publics de l’Afrique de l’Ouest francophone, nouvellement indépendants, dans leur approche des politiques de développement des arts vivants. Un fait qui a amené les experts dépêchés par l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (actuelle OIF) à recommander, dans les conclusions de leurs travaux, l’instauration par l’OIF d’une politique globale d’appui aux arts du spectacle africain. Des recommandations qui seront adoptées par les ministres dans un cadre plus large, celui d’une politique visant à contribuer au développement économique et socioculturel de l’Afrique.

Cette politique que certains qualifient d’ambitieuse était lancée autour de trois objectifs :

–        la structuration des organisations professionnelles ;

–        la production et la formation aux métiers du spectacle ;

–        la promotion et la diffusion des spectacles.

Le MASA devient, dès lors, une sorte  d’application directe et concrète de cette politique d’appui avec des objectifs clairement formulés dans le plan d’action du Sommet des Chefs d’État à Chaillot[1] (Paris, France ; Novembre 1991) et repris dans le texte organique du MASA (1998). Il a été aussitôt ouvert aux pays anglophones de l’Afrique « pour éviter que ces États aux grands moyens ne créent un évènement concurrentiel », souligne Jean Louis Roy.

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La première édition du MASA sera organisée à Abidjan en 1993 par l’OIF et le ministère ivoirien de la culture grâce à un financement intégral de l’organisation internationale. Mais la mise en place de cette première édition s’est fait au forceps. En effet, l’édition devait se tenir aux premières heures à Kinshasa (Congo) mais le régime de Mobutu est rentré dans une période tumultueuse au moment d’y aller. Le second choix s’est alors porté sur le Togo mais là également la crise socio-politique pour le départ du Président Eyadema dissuade.

Ces deux évènements ont eu pour effet de relancer le débat sur la pertinence d’une telle création et de renforcer la position des détracteurs qui s’étaient manifestés depuis Liège.

Alors, au cœur des négociations pour le maintien ou non de la création du MASA, Henriette Diabaté, Chancelière de l’ordre national de la République de Côte d’Ivoire et alors Ministre de la culture de son pays propose à l’OIF d’accueillir l’organisation de cet évènement qui devait être itinérant à la base. Initialement, le MASA devait se tenir tous les deux ans, années impaires dans un pays différent. Mais, depuis sa reprise en 2014 (après sept éditions en Côte d’Ivoire) au lendemain de la crise politique ivoirienne, le MASA se tient en années paires (2014, 2016 et 2018) tout en gardant son caractère biannuel.

Après avoir été porté pendant des années par l’OIF, le MASA est devenu, en mars 1998, un Programme international de développement des arts vivants. Structure indépendante, il installe ses locaux à Abidjan après avoir signé un accord de siège avec le gouvernement ivoirien en janvier 1999.

Le MASA compte aujourd’hui 25 années d’existence sur le sol ivoirien malgré les difficultés qu’il a connues, notamment son interruption pendant 7 ans suite à la crise post-électorale de 2010-2011. Crise qui avait secoué la Côte d’ivoire à tel point que l’OIF et les autres partenaires avaient entamé des pourparlers avec d’autres pays pour délocaliser le MASA. Il est finalement relancé à Abidjan en 2014 par le Secrétaire général de la francophonie de l’époque, Abdou Diouf en compagnie du Président de la République ivoirienne, Alassane Dramane Ouattara, avec comme objectif, de renouer avec les « mondes de l’art » de l’Afrique.

Comme espace de célébration des arts vivants, le MASA a permis non seulement de favoriser la diversité des expressions culturelles, mais aussi de promouvoir et d’insérer des artistes de l’Afrique dans les circuits de diffusion internationaux. Selon une enquête de l’Unesco[2], le MASA est  une vitrine des meilleures productions artistiques d’Afrique. Il apporte aussi une valeur ajoutée aux spectacles et compagnies programmés. Le même rapport mentionne que plus de 50% des spectacles présentés au MASA ont été vendus à d’autres évènements, festivals et institutions culturelles. Ce chiffre peut être confirmé si l’on se fie au Rapport d’évaluation du MASA (de l’OIF) de 2001 qui estimait déjà que jusqu’à l’édition 1999, 2/3 des artistes qui étaient programmés au MASA obtenaient ensuite une programmation dans un autre festival international. D’ailleurs, à l’issue de l’édition 2018, la troupe Escale Bantoo a reçu « une invitation pour se produire à New-York, aux États-Unis[3] » pendant que Lornoar, chanteuse, danseuse et compositrice camerounaise était en partance pour la Chine. Ceci montre que le MASA est un exemple réussi de coopération culturelle internationale qui, en quelques années, est devenu un passage obligé pour les artistes du monde, notamment ceux de l’Afrique.

 

 

[1] https://www.francophonie-avenir.com/Archives/presse_4e_Sommet_de_la_Francophonie.htm

[2] https://fr.unesco.org/creativity/policy-monitoring-platform/programme-de-promotion-de

[3] http://www.fr.MASA.ci/MASA2018-escale-bantoo-invite-a-new-york

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A propos Ulvaeus BALOGOUN

Directeur de Publication / Journaliste Multi-média

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