L’ancien premier ministre chinois Li Peng est mort, un article de Le Monde.fr – Actualités et Infos en France et dans le monde

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Li Peng, l’ancien premier ministre chinois, lors d’un banquet pour célébrer la 45e fête nationale en Chine, le 30 septembre 1994.
Li Peng, l’ancien premier ministre chinois, lors d’un banquet pour célébrer la 45e fête nationale en Chine, le 30 septembre 1994. WILL BURGESS / REUTERS

Son nom reste inséparable de l’écrasement du « printemps de Pékin »  en 1989, au point qu’il continue aujourd’hui d’être connu sous le sobriquet de « boucher de Tiananmen » : Li Peng, l’homme qui était premier ministre en 1989 et déclara la loi martiale, est mort lundi 22 juillet à Pékin, à 90 ans. Son décès a été officiellement annoncé mardi par l’agence Chine nouvelle.

En l’espace de quelques jours en 1989, son arrogance devant les revendications estudiantines et son refus de négocier tandis que se préparait dans la coulisse un coup feutré contre son principal rival et – officiellement – supérieur hiérarchique, le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) Zhao Ziyang, l’ont définitivement déconsidéré aux yeux de ses compatriotes. De même que son apparition à la télévision dans la nuit du 19 au 20 mai pour proclamer la loi martiale quand, perdant son sang-froid dans un pays où la face est primordiale, il se mit à hurler en direct en brandissant le poing.

Fils adoptif de Zhou Enlai

Rien ne prédestinait ce fils de héros de la révolution né le 20 octobre 1928, adopté tout jeune par Zhou Enlai puis couvé par sa veuve Deng Yingchao, à entrer ainsi dans l’histoire. Privilégié du régime, il fut envoyé faire des études d’ingénieur en Union soviétique (URSS) ; à son retour, il fit une carrière discrète comme directeur de centrale électrique avant de devenir, pendant la Révolution culturelle, directeur de l’électricité de Pékin.

C’est en 1979 qu’il entre dans l’équipe composée par Deng Xiaoping pour mettre en marche sa politique de réformes économiques, aux côtés de réformistes convaincus comme Zhao Ziyang et Hu Yaobang. Vice-ministre de l’énergie puis des ressources hydrauliques, il est nommé au comité central du PCC en 1982, avant de devenir vice-premier ministre l’année suivante.

A l’époque, Li Peng semblait faire partie intégrante du groupe de jeunes – pour la Chine – technocrates quinquagénaires, ouverts aux idées nouvelles et audacieuses. Un des responsables de l’économie, puis chargé de l’éducation, il voyageait beaucoup à l’étranger et était l’interlocuteur privilégié des hommes d’affaires étrangers et des délégations économiques officielles. Fort apprécié de ceux qui le rencontraient, et auxquels il donnait l’image d’un homme courtois, compétent et ouvert, il participa aux longues négociations avec la France sur la centrale nucléaire de la baie de Daya.

Mais ses déclarations publiques ne coïncidaient pas toujours avec ses propos privés, ni son attitude pro-occidentale avec la sympathie qu’il éprouvait envers l’URSS et le système de planification autoritaire. Car, derrière ses sourires et ses complets vestons, il était en réalité l’homme sur lequel s’appuyaient les vieux éléments conservateurs pour les représenter au sein du gouvernement et pour contrebalancer le pouvoir des réformistes soutenus par Deng Xiaoping.

Met son rival aux arrêts

Après la chute de Hu Yaobang, en janvier 1987, le régime parvient à un compromis, avalisé en octobre lors du 13e congrès du PCC, en vertu duquel le réformiste Zhao Ziyang conservait le secrétariat général du parti, tandis que Li Peng prenait la tête du gouvernement et entrait au Comité permanent du parti, le collectif dirigeant suprême, en dépit de l’opposition publiquement manifestée à son encontre par Zhao Ziyang.

Depuis lors, derrière les murs de Zhongnanhai, la forteresse du pouvoir qui jouxte la Cité interdite, la lutte ne cessera pas entre l’équipe de Zhao Ziyang et les caciques qui appuient le premier ministre qu’ils lui ont imposé. Après avoir un temps soutenu celui dont il avait fait son successeur désigné, Deng Xiaoping se rallie, à l’été 1988, au camp conservateur.

Dès lors, l’équilibre allait se défaire au profit de Li Peng, qui imposa de nouveaux contrôles sur une économie secouée par l’inflation et demanda, sans succès, à Deng Xiaoping la tête de Zhao Ziyang, déjà privé d’une partie importante de ses attributions. Il parviendra néanmoins à ses fins grâce à la crise qui a bouleversé le régime en avril, mai et juin 1989, proclamant la loi martiale et faisant mettre son rival aux arrêts.

Victoire certes, mais à la Pyrrhus. Pour y parvenir, Li Peng, appuyé de tout leur poids par les octogénaires conservateurs et par Deng Xiaoping, se livre à une sorte de putsch militaire contre le chef légal du parti, sans réunir les instances compétentes, dont l’allégeance n’est plus assurée. Sa morgue face aux représentants des étudiants qu’il rencontre le 18 mai, la violence de l’éditorial du 26 avril du Quotidien du peuple destiné à faire redescendre les manifestants dans la rue, permettant ainsi de dénoncer la « chienlit », le désordre, et d’en faire porter la responsabilité au camp réformiste, ont soulevé contre lui non seulement la jeunesse, mais l’immense majorité de la population urbaine.

La façade de la répression

Il faut attendre 2010 pour que Li Peng donne sa version des faits : son témoignage non officiel des événements de 1989, c’est-à-dire non approuvé par le PCC et alors destiné à un éditeur indépendant de Hongkong, est piraté et publié sur Internet par un ancien de Tiananmen.

Li Peng confirme au moins une chose : c’est Deng Xiaoping, et personne d’autre, qui était alors aux manettes du pouvoir, en tant que chef de l’armée, sa seule fonction officielle. Li Peng n’exprime toutefois aucun regret : il se dit favorable à « tuer tout risque d’agitation dans l’œuf », quel qu’en soit le prix. En réalité, il fut moins un dirigeant sanguinaire, que la façade de la répression. Bref, un « soldat loyal du communisme », comme l’a décrit l’agence Chine nouvelle dans sa nécrologie.

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En 1998, Li Peng laissera sa place de premier ministre à Zhu Rongji, mais sera nommé président du Parlement chinois jusqu’en 2003. Il est resté membre du Comité permanent du PCC jusqu’en 2002. Ses enfants ont régulièrement fait réagir la blogosphère chinoise pour leur réussite suspecte : sa fille, Li Xiaolin, fut présidente de China Power International Development, filiale cotée à Hongkong du géant de l’électricité chinois, le secteur où son père démarra sa carrière. Son nom apparaît en 2016 dans les « Panama Papers » comme lié a une société aux îles Virgin. Le fils de Li Peng, Li Xiaopeng, a fait une carrière politique : entré au Comité central du PCC en 2017, il est aujourd’hui ministre des transports.

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