Sommet Afrique – France : L’analyse de l’essayiste Boubacar Boris Diop

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Boubacar Boris Diop, Romancier et essayiste sénégalais

Le romancier et essayiste sénégalais, Boubacar Boris Diop, dans une contribution, s’est insurgé, entre autres sur la tournure prise par le Sommet Afrique – France, la mise à l’écart des chefs d’Etats, la condescendance du Président français et la naïveté de certains participants issus de la société civile africaine.

Membre du Collectif pour le renouveau africain (CORA), qui réunit plus de cent universitaires, spécialistes des sciences sociales et naturelles, historiens, écrivains, médecins du continent et de sa diaspora, Boubacar Boris Diop voit d’un mauvais oeil l’organisation et la tenue du Sommet Afrique – France qui se tient actuellement à Montpellier.

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‘’….En vérité, il y a quelque chose de déstabilisant dans la facilité avec laquelle les chefs d’État du « pré carré » revêtent le boubou de laquais de la France ou de pions qu’elle déplace quasi distraitement sur l’échiquier de sa politique étrangère. Pas un seul n’a eu un sursaut d’orgueil et contesté à Emmanuel Macron le droit de modifier seul et à sa guise un rendez-vous figurant en bonne place dans le calendrier international.

En fait, leur mise à l’écart est une sanction politique : suspectés d’encourager en sous-main les ennemis de la France, ils ne méritent même plus qu’on leur parle. Mais voilà : ces chefs d’Etats africains ont beau être ce qu’ils sont, nous avons beau les détester, le fait est que nous nous sentons humiliés de les voir ainsi piétinés. Le traitement dégradant qui leur est infligé, au vu et au su de tous, ne peut que raviver une négrophobie – mais peut-être devrait-on parler d’afrophobie – qui a tendance à devenir presque universelle. Cela dit, ne ressemblons-nous pas, nous autres intellectuels africains, bien plus que nous voulons l’admettre à nos présidents ? 

Si le sommet de Montpellier nous embarrasse tant, c’est aussi parce qu’il nous met brutalement en face de cette cruelle vérité. Que Macron ait cru pouvoir décider tout seul du jour, du lieu, des modalités et des acteurs de la joute verbale à venir est la preuve qu’il tient pour quantité négligeable des intellectuels africains francophones qui ne lui ont jamais fait ombrage. C’est Achille Mbembe lui-même qui rapporte avec une surprenante candeur cette audience à l’Élysée au cours de laquelle son illustre hôte se fait presque suppliant : « On ne me met pas assez la pression ! Mettez-moi la pression ! » En somme, c’est le maître qui se plaint que l’esclave ne râle pas assez…

… Beaucoup refusent de se laisser impressionner par ces décisions, y subodorant de vulgaires manœuvres de diversion. Ils ont sans doute raison de soutenir que c’est le moins que Macron pouvait faire. Mais il l’a fait. Au-delà du contexte général et des probables motivations politiciennes du futur candidat à sa propre succession, personne ne peut lui dénier la paternité de gestes assez forts en eux-mêmes. Le petit bémol, c’est qu’on aura tout de même relevé qu’aucun de ces dossiers ne porte sur les questions brûlantes de l’heure. Rwanda. Algérie. Patrimoine africain ancien. Cela signifie qu’il ne s’agit nullement pour Paris de lâcher prise aujourd’hui et maintenant mais d’exorciser les fantômes de son passé colonial et de son présent néocolonial…’’

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