Reckya Madougou : Ses hommages à Rosine Soglo

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Reckya Madougou, dans un post sur sa page Facebook vient de rendre ses hommages à Rosine V. Soglo décédée le dimanche 25 juillet à l’âge de 87 ans dans sa résidence de Cotonou.

Voici en intégralité les hommages de Reckya Madougou à Rosine Soglo.

Dieu créa cette femme et l’offrit au Bénin

Elle : Allô ma fille. Comment va ma belle et brillante fille ?

Moi : coucou maman chérie, heureuse de l’entendre ! Je suis par monts et vaux mais je rends grâce à Dieu. Et…[Elle me coupe promptement alors que j’étais sur le point de m’enquérir de ses nouvelles].

Elle : Ah non non, je ne suis pas d’accord avec toi ! Tu dois te ménager et surtout passer beaucoup de temps avec tes bouts de chou. Justement, comment vont Dodi et Kimora ? [Elle n’oublie jamais les prénoms de ma progéniture] Quand me les ramènes-tu ?

Moi : Euh… maman si tu me laissais d’abord prendre de tes nouvelles, je répondrai ensuite bien volontiers à ton interrogatoire. Je … [Elle m’arrête de nouveau]

Elle : Ma chérie, c’est moi qui t’ai appelée ou je me trompe ? Si tu voulais de mes nouvelles, tu sais que faire. [Et moi , confuse, je m’arrache les cheveux pour reprendre la main afin de me justifier]

Moi : Maman, tu sais très bien que je pense souvent à toi, je m’enquiers souvent de tes actualités auprès du Président et d’Hervé

Elle : Ah bon ? Parce que je suis av… tu crois que je suis impotente au point de ne pas pouvoir me saisir du téléphone moi-même pour te répondre ? [J’ai définitivement perdu cette partie. Je ferais mieux de revenir sur sa corde la plus sensible, la maternité]

Moi : Dodi et Kimora vont super bien ,Dieu merci. Ils travaillent bien en classe. Dodi a même été le meilleur de sa promotion. [Bingo ! Avant même qu’elle ne reprenne la parole, j’entends déjà sa joie. Touchée, la Mater !]

Elle : waouh quelle fierté ! Dis-leur que Grani [Grande mère] est très fière d’eux et que je les serre bien fort dans mes bras …. J’espère que tu ne manques pas de profiter de la vie en marge de tes occupations que je sais absorbantes. Parce que tu es caractérielle, ta lumière agace. Mais vois-tu ma fille, n’y prends jamais garde. Concentre-toi sur tes objectifs. Leurs attaques mesquines seront parfois tellement difficilement soutenables qu’il te faut te construire des exutoires. Mais tu es déjà bien brave. Avance !

Moi : c’est un honneur pour moi maman. Merci à vous deux. Je tacherai de le garder à l’esprit afin de demeurer digne de vous

Elle : Je n’ai pas terminé [de nouveau incisive la Madré]

Elle : Comment va ta moitié ? Dis-lui que nous que l’embrassons. Ne manques pas de lui mijoter par moments de petites recettes. Ils se croient forts, mais ce sont nos grands enfants.

Moi : Ne t’inquiète pas maman. J’y veille tant que possible. C’est main de Cuirasse gantée de soie !

Elle : [Effusion spontanée d’un rire contagieux valant validation !]

Vous l’auriez deviné, je parie. Une telle fougue, dont votre subconscient, je présume, s’amuse à reconstituer le timbre autoritaire et avenant, cassant et câlin, fuel et miel, à la fois, ne peut provenir que d’une espèce rare de femme de poigne. Une souveraine concomitamment reine et héroïne de cœur.

Celle qui fut honorée de son diadème de Premier dame, garda pour autant les épines indispensables à la survie de la rose dans l’hostilité. La bienheureuse maman Marie, notre mère céleste a sans doute influencé, comme à l’état civil, notre maman nationale, la bienveillante Rose Marie Honorine. Nos compatriotes défavorisées, ces autres héroïnes de la précarité, les braves porteuses de grâces gémellaires ou multiples, ne me démentiront assurément pas, tant la fondation Vidolé mise sur les fonds baptismaux par Rosine Vieyra Soglo leur aura sauvé la vie

Et pourtant, le réalisateur Oliver Stone peut se réjouir de n’avoir pas croisé la Présidente de la renaissance du Bénin lorsqu’il a déclaré par esbroufe : « Hillary Clinton et Margaret Tchatcher, ce sont des mecs, pas des femmes. En politique-je ne veux pas de femmes qui se prennent pour des hommes ». Autant attribuer cette ineptie à un film comique dont l’auteur pourrait bien se charger de la réalisation. Car la rigueur ne transforme pas une femme en homme, pas plus que le laxisme ne convertit un « mâle dominant » en « femelle effarouchée ».

Que diantre maman Rosine me manque ! Je peine à faire son deuil, tant elle fut présente jusqu’à ses derniers jours dans l’épreuve que je traverse, toute en Espérance. Plusieurs fois par semaine elle téléphonait à ma première héroïne, ma vaillante mère, pour s’assurer de mon état de santé physique et mentale, la soutenir et m’envoyer des vibrations positives.

Ses mots d’indignation et d’encouragements que l’opinion publique a abondamment relayés au lendemain de mon interpellation musclée le 03 Mars 2021 retentissent en boucle dans mes méninges comme un testament. En vérité, ces deux dernières années, maman Rosine m’a confié à plusieurs reprises, qu’elle se sentait prête à rejoindre Son Seigneur. Mais l’intrépidité de cette combattante hors pair a voilé ma lucidité quant à ses 87 printemps, maligne maintenait la sienne vivace et tenace relativement au présent et au futur de notre patrie le Bénin. Elle s’en est allée demeurant très lucide dans sa lutte pour l’équité , la démocratie et la liberté.

J’ai découvert à travers les Ecritures Saintes (Bible et Coran) que celles et ceux qui annoncent sereinement leur disposition au rappel du Créateur sont celles et ceux qui ont le privilège de ne pas avoir manqué leur DESTINEE, c’est-à-dire la MISSION que Dieu leur a confiée. Ces heureux(e)s élu(e)s n’ont pas seulement découvert leur DESTINEE, ils (elles) surtout l’ont passionnément embrassée. C’est pourquoi les gens de cet acabit ne redoutent pas l’heure de la reddition des comptes aux cieux.

Une femme très cultivée, tête bien faite, et digne, aux côtés du non moins charismatique et emblématique homme, le Président Nicéphore Dieudonné Soglo, sans surprise ce couple distingué et adepte d’épicurisme fin ,marquera profondément notre histoire commune. Piètre consolation par ce temps de séparation ; mais tout de même quelle épopée glorieuse ! Chapeau bas la reine ! Euh… pardon ! Révérence ! L’autre Rose, Combattante historique de la discrimination de l’autre côté de l’Atlantique, n’avait-elle pas clamé qu’« il faut vivre sa vie en essayant d’en faire un modèle pour les autres » ?

Au Président Soglo, mon cher papa, aux miens Lehady, Ganiou, Myriam, Sylvie et les champion(ne)s, recevez ma compassion. J’accepte aussi les vôtres en raison de l’honneur que m’a accordé maman dans son Cœur. Union priante pour Maman Rosine.

Reckya Madougou

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