Moïse Kérékou : Les raisons de sa démission du parti « Les Démocrates »

    Moïse Kérékou vient d’annoncer sa démission du parti « Les Démocrates ». Une démission que l’homme politique a expliqué sur sa page Facebook.

    « Mes chers compatriotes, je profite de l’occasion pour vous informer que j’ai démissionné, en début de ce mois, du Parti ‘’LES DÉMOCRATES’’. Ma démission est une suite logique de ma suspension des activités du Parti intervenue dans une décision du 05 février 2021. Le Parti me reproche d’avoir été candidat sur une autre liste autre que celle du Parti ».

    A l’en croire, s’il ne s’est pas porté candidat sur la liste du parti, ce serait à cause des tergiversations du parti. « Si je me suis porté candidat c’est à cause d’une part des atermoiements du Parti à quelques jours du dépôt des dossiers de candidature pour les élections présidentielles et d’autre part, de la procédure biaisée dans la sélection du duo du Parti ».

    « En effet, je n’arrivais pas à concevoir qu’à la veille d’une élection d’une telle envergure que le Parti tergiverse encore : faut-il aller aux élections ou faut-il boycotter (ne pas aller) ! Lorsqu’il fut annoncé au départ que le Parti ne prendra pas part à la compétition électorale, plus d’un membre-fondateur était abasourdi et le parti nouvellement créé était au bord de l’implosion. La base n’était pas d’accord avec cette décision dont on ignorait l’origine : qui a décidé ! Aucun débat en plénière n’avait été mené sur ce sujet au sein de la Coordination Nationale. Personnellement, je n’étais pas pour la politique de la chaise vide et je l’ai fait savoir à maintes occasions en interne. Mes arguments étaient fondés sur les récentes élections boycottées par l’opposition dans certains pays de la sous-région. Partout où cela s’est passé, elle s’en est toujours sortie perdante. Le raisonnement à fortiori, séduisant et fort respectable, mais dénué de logique et d’objectivité, qui voudrait que Les Démocrates ne prennent pas part à cette élection à cause de bon nombre de revendications demeurées lettre morte, ne pouvait d’ailleurs plus se justifier à partir du moment où le Parti a obtenu son Récépissé en se conformant à la nouvelle charte des Partis. Le jeu démocratique devait donc se poursuivre même s’il était en notre défaveur à première vue ; le terrain n’avait pas encore dit son dernier mot. Nous sommes Les Démocrates et nous devons rester des Démocrates. Au demeurant, j’ai été sincèrement heureux que le Parti ait in fine pris l’option de prendre part aux élections. Hélas, les contradictions internes au sommet n’ont pas permis une démarche saine et un discours cohérent à tel point que les diatribes sur le code électoral et le parrainage ont été la quintessence même du message du Parti à la presse la nuit même du dépôt de candidature à la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA). Tout ça ne faisait pas sérieux ! » a-t-il expliqué.

    « D’autre part, je n’ai pas eu le sentiment que le Comité ad hoc mis sur pied dans la précipitation ait eu suffisamment de temps pour approfondir (étudier à fond) les candidatures et que le Conseil National ait eu à délibérer. Autrement dit, je reste convaincu que le choix du duo des Démocrates n’a pas été impartial. Le seul critère qui devait prévaloir ou avoir plus de poids, à mon humble avis, était le Parrainage ; car sans parrainage pas de possibilité de participer à la compétition. Le débat n’a pas eu lieu. Malheureusement, il a tourné autour de la question du financement et ce dans un cercle restreint. Et le consensus comme le prévoient les textes a manqué. C’était fait à dessein. En langage terre à terre, on dit : les dés étaient pipés d’avance ! Par ailleurs, nombre d’articles des documents fondamentaux ont été violés allègrement lors de la sélection. Ces violations semblent une pratique bien courante au sein du Parti puisque même ma suspension arbitraire a violé respectivement l’article 78 des Statuts et l’article 98 du Règlement intérieur. »

    Je sais bien de quoi je parle et j’ai les textes devant moi. Vous le savez j’ai été non seulement membre-fondateur mais aussi Secrétaire aux Relations Extérieures. Ce n’est pas un problème de personne, ni avec les Responsables ou les militants du Parti, encore moins avec le duo désigné. C’est plutôt une question de principe, de légalité, de démocratie, de respect des militants et de responsabilité personnelle.

    A partir du moment où le fondement statutaire même de notre regroupement a été écorché, que la procédure de sélection a été biaisée et que les pratiques au sein du Parti ont souffert de déficit démocratique, je n’avais plus aucune raison de suivre la ligne de conduite du Parti. Et je n’étais pas le seul à être de cet avis ! D’autres membres ont été même très virulents et ont claqué la porte. En ma qualité de membre-fondateur et de responsable du Parti, j’ai pris de la hauteur et me suis refusé toute déclaration qui pouvait mettre à mal la cohésion au sein du Parti ; même après ma suspension. J’ai pris le temps qu’il faut, dix mois, pour m’assurer que je n’avais pas plutôt tort. Aucun être humain n’est infaillible.

    Bref, je ne voudrais pas remuer le couteau dans la plaie. Je considère cela comme du passé. Je ne suis pas un politicien. Je suis un homme politique et un Ambassadeur. Et je vous ai fait un vieux serment, celui de ne jamais vous mentir et de ne jamais vous trahir. Je vous dois la vérité.

    Vous savez la vérité est amère. Elle marche lentement mais elle arrive toujours à bon port. Elle éclaire assurément et comble les lacunes ! Il n’est pas de plus grand danger pour une cause que de laisser subsister une lacune dont on ressent à maintes égards qu’elle doit impérativement être comblée. Dès lors il ne sert à rien de vouloir passer outre, car une telle lacune empêche tout progrès. Et, dès qu’on édifie sur elle une construction, elle en provoque un jour ou l’autre l’effondrement, même si cette construction a été réalisée avec la plus grande ingéniosité et des matériaux de très bonnes qualité. Telle est l’image que donne aujourd’hui Les Démocrates en particulier et une bonne partie de l’opposition en général dans son obstination énergique à se boucher les oreilles et à fermer les yeux devant la réalité. Or en absence d’idéalisme, le réalisme doit primer.

    Mes chers compatriotes, maintenant que j’ai donné brièvement ma part de vérité sur la situation ayant conduit à ma suspension de mes fonctions au sein du Parti et de ses activités, que vous connaissez aussi la raison de ma démission, nous sommes quittes.

    À présent, nous devons avoir le courage de fermer cette page douloureuse de notre parcours politique. Pour celui qui a connaissance et tient compte des lois cosmiques autos-actives, chaque souffrance est une lutte et chaque lutte est un progrès. D’un point de vue spirituel ou métaphysique, ces vicissitudes sont des expériences qui nous ont fait grandir et progresser à grand pas. Tirons-en la leçon qui convient ! Libérons-nous des pesanteurs et élevons notre regard vers l’avenir. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons fièrement nous engager dans le nouveau cycle solaire dont l’aurore s’embrase déjà et qui constitue une aube nouvelle porteuse de nouvelles expériences, d’un nouvel espoir et d’une grande espérance. Restons toujours sereins et positifs !

    Maintenant, une question s’impose naturellement ! Où allons-nous ? Où irons-nous ? Quel chemin devons-nous emprunter ? Où nous conduiront nos prochains pas. Notre vieille sagesse populaire béninoise doit nous éclairer. Elle s’exprime en ces mots : « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens !“ Nous venons des FCBE. Et vous savez tout ce que j’ai entrepris entre temps pour la réconciliation des deux ailes en impliquant même le Président Obasanjo. FCBE, c’est notre parti d’origine. Je pense qu’il faut retourner à la maison pour ne pas errer. Oui, c’est mon avis !

    Cependant, j’ai reçu cinq sur cinq vos multiples doléances qui recommandent et exhortent à la création d’un Parti politique. Je vous comprends et cela va de soi au regard de notre expérience politique d’une douzaine d’années. Vos suggestions et vos recommandations ne sont pas rentrées dans des oreilles d’un sourd. Lors de ma tournée que j’envisage entreprendre bientôt, nous aurons à en discuter face à face et de vives voix. Vous me connaissez pour mon sens de l’écoute, mon attachement au dialogue, mon ouverture d’esprit et ma flexibilité. Et nul ne sera de trop dans la nouvelle dynamique qui doit tenir compte inexorablement de la réalité du terrain et des différentes réformes du système partisan. Car c’est l’Union qui fait la force ! À très bientôt !

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