Congo-Kinshasa: Kongo Central – Morale, corruption et politique, un article de AllAfrica News: Corruption

Comme les individus, les peuples dégagent, d’eux-mêmes, une image reprise et interprétée par les autres, selon leurs propres valeurs ; elle constituera ce qui est convenue d’appeler la réputation.

Ces images ou représentations sont généralement rendues sous la forme du récit que chaque peuple donne de lui-même ou que d’autres tiennent à son endroit. Ces récits, véritables identités des peuples, se composent petit à petit à travers l’histoire en partant des légendes, des comportements réels, des victoires et des défaites, des réussites et des échecs collectifs, des chants, des décisions des autorités, des campagnes médiatiques, des opinions des leaders influant et autres divers phénomènes sociologiques.

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, l’image, la représentation ou la réputation que l’on se fait a, sur la réalité, un impact considérable. C’est ce qu’illustre le scandale de la sexe-tape qui impliquerait le Gouverneur, le Vice-gouverneur et Dame Mimi, au Kongo Central. Ce fait divers participe malheureusement à la consolidation d’une réputation qui nous colle déjà à la peau.

En politique, et notamment, en relations internationales, ces représentations réduites souvent aux dimensions de clichés ou stéréotypes, servent à préparer des utilisations positives ou négatives en fonction des intérêts poursuivis.

Voici quelques exemples : Vers les années 1940/50 le peuple japonais était réputé agressif et incapable de produire des marchandises de qualité. Il a fallu l’entrée fracassante des japonais dans l’industrie, notamment automobile, pour modifier cette donne. Actuellement à Kinshasa, le récit sur les chinois affirme aussi que leurs marchandises sont de mauvaise qualité. Ceci n’est pas sans conséquence sur les prix et le prestige. Le credo « America is back », que Ronald Reagan mit en avant après des années de doute, ne visait rien d’autre que de remobiliser son pays à travers la construction d’un nouveau récit, fait d’une volonté de se montrer les plus forts, les plus riches, les meilleurs. Aujourd’hui Donald Trump agit sur le même registre et conforte cette représentation à l’intérieur comme à l’extérieur de son pays.

L’image ou le récit s’utilise dans tous les sens. L’utilisation positive vise à mettre en avant une image magnifiant des traits de caractère ou de comportement qui présentent favorablement le groupe concerné. Une utilisation négative suivra exactement le but inverse et donc une démarche contraire, elle mettra en exergue une image composée par des trais susceptibles de susciter chez celui qui la reçoit des préjugés négatives et de la déconsidération.

En RD Congo, aussi, nous produisons quotidiennement des images et des récits à propos de nous-mêmes. Prenons garde d’en limiter les dégâts !

L’image auto-générée ou construite par d’autres n’est pas forcement objective, elle ne correspond que rarement ou partiellement à la réalité. Et pourtant nos sociétés et l’environnement international tirent souvent leurs convictions à partir de ces représentations.

Lorsqu’elles proviennent des autorités et autres personnalités symboliques, ces images acquièrent une force extraordinaire de conviction ou de manipulation. Elles déterminent nos valeurs et participent à la formation de notre conscience de citoyen.

Chez nous en RDC, le peuple Né-Kongo, occupant la province du Kongo Central, a su créer au fil du temps et des circonstances, une solide réputation, en matière de respect des mœurs « luzitu », de tempérance dans les réactions et de relative résistance à la corruption. Le Président Joseph Kasa-Vubu restera longtemps dans nos mémoires comme un exemple en matière de respect des biens de l’Etat.

Que l’on soit Né-Kongo ou pas, notre devoir patriotique est de cultiver ces valeurs et de les promouvoir là où elles ne sont pas encore dominantes.

Voilà qu’un homme, par imprudences certes, risque de porter un coup fatal à cette réputation. Nous disons risque, parce qu’à ce jour, le Gouverneur Matu demeure simple accusé, en vertu du sacro-saint principe de la présomption de l’innocence. Ce texte ne vient donc ni l’accuser, ni le charger davantage. Nous voulons seulement, à partir de ce cas instructif à plusieurs égards, poser la problématique de l’évolution de nos mœurs en matière de sexe et de corruption dans le milieu politique.

La justice reprocherait au Gouverneur d’avoir corrompu une de ses prétendues propres concubines pour qu’elle entraîne le Vice-gouverneur dans un traquenard, ceci dans le but d’obtenir la preuve d’un viol ou d’une tentative de viol sur la personne d’une collaboratrice. Dans l’opinion publique nationale, le coup apparaît malheureusement « trop bien monté », la présence d’un agent de police et d’un très haut responsable des services de sécurité d’Etat sur le lieu, ainsi que les paroles du Vice-gouverneur, enregistrées au moment de l’incident, intrigueront les enquêteurs.

Promptement, les responsables des services de sécurité sanctionneront leur cadre et le Ministère de l’intérieur du Gouvernement Central suspendra les deux responsables de la Province, invités à rejoindre la Capitale. Sans plus tarder, la justice ne manquera pas aussi de se saisir du dossier.

A ce niveau, quel que soit le degré de responsabilité ou tout simplement d’implication des uns et des autres, il convient de déplorer ce comportement qui allierait une atteinte aux bonnes mœurs et à l’usage de la corruption.

L’atteinte aux bonnes mœurs heurte la conscience du peuple Né-Kongo et blesse l’ensemble du peuple congolais ; la tentative de corruption nous indique que ce combat commencé sous les gouvernements précédents, demande encore des efforts considérables de la présente équipe au pouvoir.

Et pourtant, il y a quelques jours, chacun a été désagréablement étonné, au regard de la gravité des soupçons qui pèsent sur sa personne, de voir le Gouverneur suspendu, toute honte bue, aller se présenter à l’accueil de la première dame à Kasangulu. Il y a lieu de relever, dans cette tentative, la démonstration du peu de sérieux que nous accordons aux choses gravissimes.

Mais là où notre inquiétude s’est aggravée, c’est lorsque diverses sources ont annoncé le retour du Gouverneur à Matadi. Et comme d’habitude d’aucuns ont insinué des influences politiciennes et même évoqué de nouveaux actes de corruption !

Une analyse de la décision du Gouvernement actuel, transmise par message, laisse entrevoir que la décision de suspension prise par le Ministre de l’Intérieur a.i. sortant a été considérée, par l’actuel, comme éloignée des règles de « l’Etat de droit »

Cette approche strictement juridico-institutionnelle était-elle la plus appropriée dans ces circonstances ? Comment ce retour a-t-il été perçu en termes d’image, de réputation ? N’y a-t-il pas eu imprudence de la part de notre Gouvernement ?

Le Gouvernement de la coalition FCC/CACH ne devait-il pas se montrer très circonspect dans l’analyse de cette délicate affaire qui mêle, nous l’avons souligné, atteinte aux bonnes mœurs et tentative de corruption ? Etait-il nécessaire de revenir sur la suspension ?

Le retour du Gouverneur au Kongo Central n’a pas éteint le feu, bien au contraire il l’a rallumé. A Matadi, il n’a plus été question de la sexe-tape ; mais de rivalité entre les politiciens du district des Cataractes et ceux du Bas-fleuve. Ce retour a réveillé le tribalisme, ce n’est certainement pas le but recherché.

Ne fallait-il pas s’inspirer des réactions politiques qui furent celles de Joseph Kabila lors des incidents de nature semblable ? Pour sauvegarder l’image de notre pays, cette question devrait être régler politiquement et rapidement. La voie choisie par les autorités actuelles semble donner à Dame MIMI un statut d’icône qu’elle ne mérite pas.

Derrière le psychodrame mêlant sexe, jalousie et politique politicienne qui agite le Kongo central, il y a quelque chose de plus lourd : notre image nationale, notre réputation nationale.

L’équipe FCC/CACH ne réussira que si elle poursuit et accentue le combat contre les antivaleurs, dont se plaignait déjà Mobutu, entamé depuis de nombreuses années par Joseph Kabila Kabange. On se souviendra que des hauts responsables avaient dû quitter leur fonction pour des faits similaires. Cette lutte est d’autant plus importante qu’elle implique la constitution de l’image générale et donc la réputation de notre pays.

Jean-Pierre Kambila Kankwende

Cadre FCC/ CACH, Militant PPRD


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