Bénin/Retrait du droit de grève : Les agents de santé préparent une riposte

benin droit de greve
Benin droit de greve

La promulgation manu militari de la loi portant retrait du droit de grève aux agents de santé n’a pas fini de faire des émules.

Alors que le pouvoir en place pensait avoir fait le plus dur en faisant passer le projet, les acteurs du secteur s’organisent pour riposter. Dans une longue correspondance adressée à quatre ministres le 22 août 2018, le collectif des syndicats du secteur de la santé a dénoncé le mépris du gouvernement.

« Si le Gouvernement considère le retrait du droit de grève comme la panacée pour nous contraindre au silence et à une soumission esclavagiste, il sera surpris, parce que la riposte sera à la hauteur de l’affront. Nos revendications et surtout nos acquis ne seront jamais sacrifiés quel que soit l’ampleur du mépris, de la tyrannie, de la ruse ou de la rage », lit-on dans la lettre signée par leur porte-parole Adolphe Houssou. Lire l’intégralité de la correspondance.

 

Cotonou, le 22 Août 2018

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·         Ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement
·         Ministre du Travail et de la Fonction Publique
·         Ministre de l’Economie et des Finances
·         Ministre de la Santé.
Cotonou

 

Objet : Mépris des agents du secteur de la santé

par le Gouvernement de la rupture.

 

Madame et Messieurs les Ministres,

Depuis quelques semaines, le secteur de la santé subit un matraquage à nul autre pareil. Les acteurs sont traités de tous les noms d’oiseaux. Au-delà des raisons que les uns et les autres évoquent à tort et à travers pour justifier le retrait du droit de grève, les autorités tentent de livrer les acteurs du secteur à la vindicte populaire en peignant en noir tout ce qui se passe dans nos hôpitaux.

Le Gouvernement fait croire à la population qu’il a déjà tout donné aux agents du secteur de la santé, et ce sont ces derniers qui ne veulent pas travailler. C’est de l’intoxication et de la ruse.

Personne ne veut plus reconnaitre le déficit criard en matériel médico-technique, en consommables médicaux, en médicaments de première nécessité dans toutes les formations sanitaires du Bénin. Pire, à cause des brebis galeuses, les dirigeants refusent de louer l’effort des milliers de femmes et hommes qui abandonnent leurs progénitures pour dormir dans des conditions peu reluisantes dans nos hôpitaux au chevet des malades. On tente de faire croire à l’opinion que les agents de santé travaillent dans de meilleures conditions, alors que dans bon nombre de maternités, les agents accouchent encore avec l’éclairage des téléphones portables. L’analyse semble se baser seulement sur le vécu des citadins et les agents qui travaillent dans des localités sans eau potable, sans électricité, sans moyen de communication efficace, sans piste praticable, se demandent s’ils existent et si les autorités sont au courant de leurs calvaires. C’est encore parmi les agents de santé qu’on rencontre malgré toutes les calomnies, des patriotes qui font soixante-douze (72) heures de service par semaine voire au-delà, sans aucune compensation, alors que, les textes prescrivent quarante(40)heures par semaine.

Des agents qui ont fait onze(11) ans d’étude et parfois plus après le BAC, gagnent le même salaire que leurs collègues qui ont fait sept (07)ans après le BAC. Et pourtant ils continuent depuis dix (10) ans de servir l’Etat. Cela est valable aussi pour ceux qui ont fait six (06) ans après le BEPC de mêmes que ceux qui ont fait trois(03)ans. Certains gagnent le même salaire depuis dix (10) ans et pourtant se donnent le moral pour rester constamment au chevet des patients.

D’autres sont au même grade depuis vingt (20) ans parce que les textes ne leurs permettent pas de passer des concours professionnels et pourtant les salaires sont ridicules comparés à ceux qui ont fait le même nombre d’années d’études dans d’autres ministères.

Profitant du supposé retrait du droit de grève, le Gouvernement a mis en stand bail les engagements pris à grand renfort médiatique envers le secteur le 11 novembre 2017.

Madame et Messieurs les ministres,

Depuis le début de cette année, les partenaires sociaux sont tournés en bourrique comme si le Gouvernement auquel vous appartenez ne veut plus respecter les engagements pris le 11 novembre 2017.

Pour le commun des Béninois, « c’est parce que le Gouvernement respecte ses engagements qu’on note une accalmie dans le secteur de la santé. » C’est une pure illusion qu’il convient de clarifier.

Pour nous, depuis huit (08) mois, c’est le statuquo. Sinon tenez :

  1. Concernant les reformes, il est écrit dans le relevé des conclusions que : « le gouvernement réitère son engagement à recevoir les observations des partenaires sociaux du secteur de la santé et à faire prendre en compte leurs propositions pertinentes. De plus, le Gouvernement tiendra informés les partenaires sociaux des différentes étapes dans la mise en œuvre des reformes.» Depuis le 13 février 2018, vous avez reçu nos propositions d’amendements du rapport de la réforme et à ce jour, c’est silence radio.

Le peuple a suivi ce que le Chef de l’Etat a dit à ce propos le 31 juillet 2018 dans son débat à bâton rompu avec les journalistes. Comparer aux propos tenus le 11novembre 2017, chacun fera son opinion. Pour nous, il s’agit d’un engagement non respecté, voire un marché de dupe.

  1. Concernant les statuts particuliers des personnels de la santé, nous sommes encore au point zéro.
  2. A ce jour, plus de cent (100) agents de santé déjà reversés attendent leurs salaires, depuis plus de trois (03) ans. L’audit de reversement prévu pour s’achever à la fin du mois de janvier 2018, n’a toujours pas livré son verdict, nous a-t-on dit. Plus de cinq cents (500) agents de santé en attente d’être reversés vivent le martyr. Echéancier non respecté.
  3. Se fondant sur le relevé des conclusions, vos représentants, au sein du comité de suivi mis en place, ont pris l’engagement le 06 février dernier, de faire en sorte que les diverses communications qui doivent aller en conseil des ministres soient déposées au Secrétariat Général du Gouvernement au plus tard le 08mars 2018. Il s’agit de :
    1. la communication sur la disparité salariale des Agents Contractuels de l’Etat (ACE) paramédicaux ;
    2. celle relative à l’uniformisation du corps des infirmiers ;
    3. la communication concernant la situation des agents ayants fait des formations complémentaires sans être inscrits au plan de formation et qui sont aujourd’hui utilisés dans leur compétence après la formation.

A ce jour rien n’y fi. Et pourtant à la page 3 du relevé des conclusions, on peut lire : « le Gouvernement donne son accord de principe pour régler les préoccupations relatives à la carrière des agents du secteur, dans les meilleurs délais.»Incapacité ou manque de volonté ?

  1. Dans le relevé des conclusions il est écrit : «achever l’évaluation de l’état d’affiliation des agents. Mettre à jour la situation de l’affiliation des ACE à la CNSS. Echéance 22novembre 2017» A ce jour, plus de cinq mille (5000) ACE du ministère de la santé ignorent leur immatriculation à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Plus de cinq cents (500) ACE sont contraints déjà à la retraite prématurée sans savoir dans combien d’années ils auront leur pensions ou allocations de vieillesse.
  2. A la page 15 du relevé des conclusions, on peut lire également: «le Gouvernement va étudier la question de revalorisation de l’indemnité de logement au profit de tous les agents de l’Etat. Echéance décembre 2017» A ce jour, il s’agit encore d’une autre promesse non tenue.
  1. Les rappels de la deuxième tranche de la prime exceptionnelle de motivation, prévus pour être payés à la fin du mois de juin 2018 sont restés impayés.
  2. Au sujet du rappel de la prime de risque, le relevé consacre la fin des paiements pour fin juin 2018. A cette date, il existe une cacophonie dans le paiement des rappels de cette dernière.
  3. le paiement des heures supplémentaires dues, est toujours à l’étape de promesse non concrétisée.

Madame et Messieurs les Ministres,

Si le Gouvernement considère le retrait du droit de grève comme la panacée pour nous contraindre au silence et à une soumission esclavagiste, il sera surpris, parce que la riposte sera à la hauteur de l’affront. Nos revendications et surtout nos acquis ne seront jamais sacrifiés quel que soit l’ampleur du mépris, de la tyrannie, de la ruse ou de la rage.

La postérité retiendra les sacrifices que nous consentirons pour faire redorer le blason du secteur.

Vous êtes donc attendus sur tous ces points pour montrer votre bonne foi vis-à-vis des acteurs du secteur de la santé.

Dans l’espoir que notre courrier recevra une suite favorable, veuillez recevoir Madame et Messieurs les Ministres, nos profondes considérations.

 

Ampliations

·         Président de l’Assemblée Nationale01
·         Président de la Cours Suprême01
·         Toutes Centrales et Confédérations syndicales07
·         Pt/CNDS01
·         Médiateur de la République01
·         Pt/CES01

 

 

Pour le collectif
 

 

Adolphe K. HOUSSOU

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